Je voudrais être Catherine parfois. Rire au nez de la vie, me jeter dans la Seine sous le coup de l'impulsion, m'enfuir sans prévenir, être volage et insondable, mystérieuse et imprévisible. Incarner ce Carpe Diem qui me répulse.
J'aime l'automne, comme les feuilles libérées des branches, je ne m'attache à rien.
Des hommes me font vivre, l'un après l'autre.
Je n'ai même pas de réputation.
Je suis une feuille, aussi légère qu'une feuille."
Seulement, je ne laisse rien transparaître de ce que je pense ou ressens ; trop peur des jugements et des regards plaintifs ou condescendents. Ou au contraire, lorsqu'il me vient à espérer et alors trop attendre de l'autre, je deviens aussi limpide que de l'eau, et cette transparence me tue. Confidence ne veut pas dire soumission, mais cela effraie malgré tout.
Alors j'ai décidé d'emmerder les gens, je n'attends plus rien de personne, au moins je ne suis pas déçue. Je saute à pieds joints dans la vie, flaque boueuse, et j'éclabousse les murs immaculés de blanc de mon enfer personnel. Je fais la nique à ma propre existence, je laisse filer la bande de mon Nagra, mes doigts sur ce clavier, j'enregistre ma vie sur les vieilles cassettes trop usées des jours maussades, je regarde les hommes tomber et le reste du monde, perchée sur le toit de ma conscience, avec pour seule ambition d'y échapper sans pour autant en être exclue.
Un sentiment de cohésion marginale, somme toute.
Ah ah.
J'suis pasmalheureuse, non. J'suis juste enfin consciente de ce qu'est véritablement ma vie, et je m'en accomode, j'apprends à m'en contenter. Cette soudaine prise de conscience ne fut pas simple, et même parfois douloureuse. Aujourd'hui, je suis étrangement sereine. Je sais pas si on peut parler de "maturité", mais ce qui est sûr, c'est que j'arrive enfin à garder mes yeux ouverts sur le reste du monde, et non pas fixés sur la faille de mon esprit trop étroit. La crise d'adolescence est-elle enfin finie?
Pourvu que ça dure.
Vidéo by: François Truffaut